03 janvier 2007

Création de l'homme Gen 2,7

"Pour faire l'homme, Dieu pétrit une masse d'argile extraite de la terre, et sur sa face, il souffla un souffle de vie, et l'homme devint une âme vivante."

καὶ ἔπλασεν ὁ θεὸς τὸν ἄνθρωπον χοῦν ἀπὸ τῆς γῆς καὶ ἐνεφύσησεν εἰς τὸ πρόσωπον αὐτοῦ πνοὴν ζωῆς, καὶ ἐγένετο ὁ ἄνθρωπος εἰς ψυχὴν ζῶσαν."

Deux récits de la création ?
Nous avions noté dans notre commentaire de Genèse I (1.24 à 1.26) que la génération de l'homme était différenciée de celle des animaux parce que le premier ne naissait pas de la terre mais était créé unique et à l'image de Dieu, tandis que les seconds étaient de purs produits de la terre, déclinés en plusieurs espèces. En Gen 2, 7 le texte revient sur la création de l'homme avec davantage de détails. Ainsi, on apprend que l'homme est créé par Dieu à l'aide d'une masse d'argile pétrie. Pour l'animer, Dieu souffle la vie sur sa face. S'agit-il d'une seconde création de l'homme ? N'y a-t-il pas contradictions à revenir sur cette création ? Dieu se serait-il trompé ?

Confrontons les deux extraits
En Gen 1,24, Dieu n'intervient pas directement pour créer les animaux, mais il ordonne "Que la terre produise des âmes vivantes (...)". En Gen 2,7 il met la main à la pâte : "Pour faire l'homme, Dieu pétrit une masse d'argile extraite de la terre." Ainsi, l'homme ne procède pas directement de la terre mais il sort des mains de Dieu qui s'est servi d'argile (et non de terre). L'homme est un produit façonné. Dans un premier temps, il n'est même que cela. Un corps sans âme, un morceau de terre avec des membres et un visage.

L'homme fait main
En Gen 1,24, les animaux une fois créés étaient tout ce qu'ils avaient à être. Des âmes vivantes selon leur espèce (ψυχὴν ζῶσαν κατὰ γένος) et rien de plus. En quoi l'homme, masse d'argile façonnée, leur est-il supérieur ? D'abord, il est dessiné de main de maître. On peut supposer que cette étape dans sa fabrication de l'homme a nécessité tout le savoir faire divin et que l'homme a été conçu avec un souci du détail qui n'a pas prévalu lors de la création des animaux. L'homme et l'animal ont bien une origine commune (la terre) mais ce n'est qu'une cause matérielle, rien de plus.

Pourtant, les animaux sortis de terre sont aussitôt qualifiés d'âmes vivantes, tandis que l'homme ne gagnera ce qualificatif qu'à la fin de Gen 2,7. La création de l'homme est plus complexe, elle contient une étape supplémentaire : c'est déjà un signe de supériorité sur les animaux. C'est le démiurge en chef qui prend la responsabilité de cette création, sans passer par l'entremise de la terre, sans ordonner à une réalité inférieure. Et cette vie qui vient à l'homme plus tard qu'aux animaux, elle aussi naît directement de Dieu. Les animaux tiennent la vie de la terre. Les hommes, du souffle de Dieu. De Dieu lui-même. Le verbe grec ἐνεφύσησεν est intéressant : il est construit sur le verbe φυω qui signifie je produis, je fais pousser, je fais naître. Ce souffle divin est donc une véritable génération : si les animaux sont nés par Dieu, l'homme est né de Dieu. Au final, qu'est-il ? Une âme vivante. C'est-à-dire une âme qui habite un corps et l'anime, qui a besoin du corps pour être vraiment "vivante". Les animaux aussi sont des âmes vivantes mais ils ne tiennent pas leur vie du souffle divin. Le texte de Gen 2,7 ne vient donc pas contredire le texte de Gen 1,24, mais il apporte des détails supplémentaires.

Posté par beotien à 11:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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