voxmanueli

20 janvier 2007

Le paradis, c'était quand ?

Les scientifiques n'ont pas seulement tenté de situer le paradis terrestre dans l'espace : ils se sont aussi efforcés de le localiser dans le temps. De savants et vains calculs fixent le jour de la création du premier homme au vendredi 25 mars à l'aurore, tandis que sa sortie se situerait le vendredi suivant à 16 heures… entre 4051 et 3928 avant Jésus-Christ.

Il faut attendre le XVIIIe siècle pour que les intellectuels voient dans le paradis terrestre une forme du mythe antique de l'âge d'or et abandonnent l'idée d'en retrouver le lieu sur terre.
Il avait été un stimulant pour les voyages de découvertes. Désormais "céleste" et abstrait, le paradis devient pour la plupart des chrétiens un lieu immatériel sans rapport physique avec le firmament.

En 1961, Youri Gagarine (le premier homme à avoir séjourné dans l'espace) déclare lors d'une conférence de presse : "Dieu n'existe pas, je ne l'ai pas rencontré."… formule intéressante dans laquelle perce le désir déçu de retrouver le paradis céleste.
Finalement, on n'est pas si loin de la vieille croyance en un royaume céleste situé au-dessus de nos têtes : "si Dieu, le Ciel, le Paradis existaient, je les aurai vus !" pense Gagarine. "Or, je ne les ai pas vus. Donc ils n'existent pas." Mais il aurait dû conclure : "donc ils ne sont pas au ciel." Mais ailleurs… qui sait ?

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Le paradis terrestre selon Jérôme Bosch

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Jérôme Bosch, Le Paradis terrestre, panneau gauche du triptyque du Jardin des délices, huile sur bois. Museo del Prado, Madrid.

Bosch exprime le foisonnement de la vie au paradis par la profusion des formes : multiples, improbables… Le peintre mêle formes animales connues et formes inconnues (à gauche en haut, une licorne blanche s'abreuve sur les berges du fleuve).

Au centre exact de la composition trône la fontaine de vie (= arbre de vie). Un fleuve sillonne le bas du tableau.

En bas, Dieu, sous la figure du Christ, réveille Adam endormi et lui présente Eve qu'il a créé  à partir d'une de ses côtes.

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Le paradis, c'est ici… ou là !

La semaine dernière, j'évoquais le paradis en insistant sur le fait que les Ecritures mentionnent un Eden terrestre bien circonscrit. Examinons cette localisation au GPS (Grande Possibilité de Se rater)…

A l'Est

L'image du paradis terrestre est à relier au contexte méditerranéen et proche-oriental de l'époque, marqué par le désert et l'eau rare. Dans un espace aride, le jardin enclos, dont les arbres et les fleurs sont copieusement irrigués, représente la figure idéale du bonheur. La Bible insiste sur la localisation de cet oasis mythique : à l'est et arrosé par quatre fleuves. Cependant, cette situation résulte d'une ambigüité de la traduction latine du texte, la formule a principio (au commencement) ayant été comprise comme ad orientem (à l'est).

En haut

Par ailleurs, l'oasis, qui est censé avoir échappé au Déluge, serait situé au sommet d'une montagne, qui n'était pas loin de toucher au cercle de la Lune, ce qui en faisait le château-d'eau de la Terre.

Un peu partout

Toutes les localisations géographiques ont peu à peu été imaginées : on a cherché à l'est, en "haut" de la Terre, aux confins du ciel des cartes anciennes (Ceylan, Sumatra, la Chine ou l'Inde ont été recherchés comme de probables Eden) ; on a cherché au nord, puis au sud puisque Thomas d'Aquin le suggérait "sous l'équateur en un lieu très tempéré"... On a cherché en Éthiopie, Arménie, Mésopotamie, Palestine. À l'ouest, Christophe Colomb qui se croyait sur le rivage oriental de l'Asie était persuadé qu'il allait le trouver en remontant l'Orénoque. Raté.

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14 janvier 2007

Le paradis, c'est ici !

Le paradis désigne pour le sens commun un ailleurs merveilleux et inaccessible : "le paradis, c'est en haut, dans le Ciel. En tous cas, pas sur terre et pas pour tout de suite." Or, c'est oublier que le paradis dont il est question dans la Bible (en Gen II 8-15) est d'abord une région terrestre où Adam et Eve furent placés par Dieu après qu'il les eut créés. Le mot Paradis vient du latin paradisus qui lui même est emprunté au grec paradeisos qui signifie "parc", "jardin enclos". Ce terrain clôturé, n'est donc pas un espace infini. Il est au contraire bien localisé : " Or, Dieu avait créé un paradis dans Éden, à l'orient " (Gen II,8) S'il est sur terre, il n'est pas toute la terre. Ce qu'il renferme suffit pourtant à l'homme : des arbres, des fruits, de l'eau pour irriguer le tout. (Les quatre fleuves). Dans ce "paradis des délices" (Gen II,15) rien ne manque à l'homme qui y mène une vie comblée, bien qu'il y travaille comme gardien (Mais bon, gardien du paradis en CDI, il y a pire !)

Malgré la clôture, on ne peut pas qualifier le paradis de prison dorée : Adam y vit en parfaite harmonie avec le milieu et il y est totalement libre. La preuve : Dieu n'a pas hésité à planter au milieu d'Eden l'arbre de vie avec l'arbre de la science du bien et du mal. Dès le départ, il a laissé le choix à Adam et Eve de croquer la pomme. Il aurait pu créer un enclos dans lequel il aurait fait pousser ces arbres un peu spéciaux pour mettre ses créatures à l'abri du mal. Mais non. Au paradis l'homme était libre de ses faits et gestes, libre de vivre heureux éternellement mais libre aussi de se tromper, de fauter, de choisir une autre voie que celle de l'abondance tranquille.

8. Or, Dieu avait créé un paradis dans Éden, à l'orient ; et il y plaça l'homme qu'il venait de former.

9. Dieu aussi avait fait germer de la terre tout arbre à l'aspect magnifique et aux fruits délicieux, et, au milieu du paradis, l'arbre de vie avec l'arbre de la science du bien et du mal.

10. Pour arroser le paradis, un fleuve jaillissait d'Éden, d'où il sortait divisé en quatre bras.

11. Le nom de l'un est Phison, celui qui entoure la terre d'Évilat, d'où vient l'or.

12. On sait que l'or de cette terre est excellent ; là aussi sont l'anthrax et la pierre verte.

13. Le nom du second fleuve est Gehon ; c'est celui qui entoure la terre d'Éthiopie.

14. Le troisième fleuve est le Tigre ; c'est celui qui coule en face des Assyriens. Le quatrième fleuve est l'Euphrate.

15. Le Seigneur prit l'homme qu'il avait formé, et il le plaça dans le paradis de délices, pour y travailler et le garder.

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Eden

En hébreu, éden est le nom du lieu où, selon la Genèse (II, 8), Dieu installe l'homme après l'avoir créé (sur terre, donc). En akkadien, edinu signifie plaine, et, en sumérien, edin est un terrain fertile ou irrigable. L'Eden est aussi accepté comme nom commun synonyme de délice ou de plaisir. D'où la formule "Jardin d'Eden", traduite dans la Septante* par "Jardin de plaisir" ou "Jardin des délices", ou "Paradis" (Genèse II, 15 et III, 23).
Dans la Bible, Éden désigne aussi une région (Bit-adini en assyrien) qui était située sur les deux rives du moyen Euphrate et fut dominée par les Assyriens (II Rois, XIX, 12).

*Dans la Septante, Eden est aussi la traduction littérale du grec Εδεμ

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04 janvier 2007

Création de l'homme - Chagall

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"Création de l'homme" : Chagall, musée Chagall à Nice.

Le premier tableau du cycle (trois oeuvres géantes consacrées au message biblique) s'organise autour d'une diagonale le long de laquelle l'Ange de Dieu, portant Adam endormi, descend des régions or du ciel vers la terre. L'homme est encore inanimé, et son corps tendrement abandonné aux célestes bras qui le portent. En bas, Chagall n'a pas manqué de représenter, en même temps que l'apparition de la créature humaine, l'amour humain (la famille)et les animaux créés au cinquième jour. En haut à droite, il peint la joie et la fête. Le soleil tournoie dans la partie supérieure, et emporte dans sa course les protagonistes du Livre : David, Jérémie, Aaron et la grande figure du Crucifié, symbole pour Chagall de l'humanité tourmentée.

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L'âme

L'âme (du latin anima, psychè en grec) est l'élément qui caractérise l'essence d'une personne, ce qui en elle est vraiment elle, ce qui la caractérise le mieux, qui l'identifie.

Mais une âme n'est pas une personne complète. Le texte de Gen 2,7 laisse supposer que la vie d'un individu n'est possible que dotée d'une âme dans un corps. Ainsi, une âme vivante est unie au corps qu'elle anime. Quand l'âme et le corps se séparent... c'est la mort.

Cette lecture des Ecritures est celle des Pères de l'Eglise - les premiers commentateurs de la Bible - éclairés par la philosophie de Platon, puis celle d'Aristote. Mais en réalité, la Bible méconnaît le concept d'une âme dans une corps qui serait "comme un pilote en son navire" (cf. Descartes). Dans le Premier et le Second Testaments, le mot âme traduit les termes hébreux ou grecs qui signifient simplement souffle de vie, respiration divine, sans distinction d'une partie spirituelle essentielle et d'une partie corporelle.

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03 janvier 2007

Création de l'homme Gen 2,7

"Pour faire l'homme, Dieu pétrit une masse d'argile extraite de la terre, et sur sa face, il souffla un souffle de vie, et l'homme devint une âme vivante."

καὶ ἔπλασεν ὁ θεὸς τὸν ἄνθρωπον χοῦν ἀπὸ τῆς γῆς καὶ ἐνεφύσησεν εἰς τὸ πρόσωπον αὐτοῦ πνοὴν ζωῆς, καὶ ἐγένετο ὁ ἄνθρωπος εἰς ψυχὴν ζῶσαν."

Deux récits de la création ?
Nous avions noté dans notre commentaire de Genèse I (1.24 à 1.26) que la génération de l'homme était différenciée de celle des animaux parce que le premier ne naissait pas de la terre mais était créé unique et à l'image de Dieu, tandis que les seconds étaient de purs produits de la terre, déclinés en plusieurs espèces. En Gen 2, 7 le texte revient sur la création de l'homme avec davantage de détails. Ainsi, on apprend que l'homme est créé par Dieu à l'aide d'une masse d'argile pétrie. Pour l'animer, Dieu souffle la vie sur sa face. S'agit-il d'une seconde création de l'homme ? N'y a-t-il pas contradictions à revenir sur cette création ? Dieu se serait-il trompé ?

Confrontons les deux extraits
En Gen 1,24, Dieu n'intervient pas directement pour créer les animaux, mais il ordonne "Que la terre produise des âmes vivantes (...)". En Gen 2,7 il met la main à la pâte : "Pour faire l'homme, Dieu pétrit une masse d'argile extraite de la terre." Ainsi, l'homme ne procède pas directement de la terre mais il sort des mains de Dieu qui s'est servi d'argile (et non de terre). L'homme est un produit façonné. Dans un premier temps, il n'est même que cela. Un corps sans âme, un morceau de terre avec des membres et un visage.

L'homme fait main
En Gen 1,24, les animaux une fois créés étaient tout ce qu'ils avaient à être. Des âmes vivantes selon leur espèce (ψυχὴν ζῶσαν κατὰ γένος) et rien de plus. En quoi l'homme, masse d'argile façonnée, leur est-il supérieur ? D'abord, il est dessiné de main de maître. On peut supposer que cette étape dans sa fabrication de l'homme a nécessité tout le savoir faire divin et que l'homme a été conçu avec un souci du détail qui n'a pas prévalu lors de la création des animaux. L'homme et l'animal ont bien une origine commune (la terre) mais ce n'est qu'une cause matérielle, rien de plus.

Pourtant, les animaux sortis de terre sont aussitôt qualifiés d'âmes vivantes, tandis que l'homme ne gagnera ce qualificatif qu'à la fin de Gen 2,7. La création de l'homme est plus complexe, elle contient une étape supplémentaire : c'est déjà un signe de supériorité sur les animaux. C'est le démiurge en chef qui prend la responsabilité de cette création, sans passer par l'entremise de la terre, sans ordonner à une réalité inférieure. Et cette vie qui vient à l'homme plus tard qu'aux animaux, elle aussi naît directement de Dieu. Les animaux tiennent la vie de la terre. Les hommes, du souffle de Dieu. De Dieu lui-même. Le verbe grec ἐνεφύσησεν est intéressant : il est construit sur le verbe φυω qui signifie je produis, je fais pousser, je fais naître. Ce souffle divin est donc une véritable génération : si les animaux sont nés par Dieu, l'homme est né de Dieu. Au final, qu'est-il ? Une âme vivante. C'est-à-dire une âme qui habite un corps et l'anime, qui a besoin du corps pour être vraiment "vivante". Les animaux aussi sont des âmes vivantes mais ils ne tiennent pas leur vie du souffle divin. Le texte de Gen 2,7 ne vient donc pas contredire le texte de Gen 1,24, mais il apporte des détails supplémentaires.

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26 décembre 2006

Narcisse et Echo

Narcisse_et_Echo

Ce tableau de Nicolas Poussin est exposé au Louvres :
il représente Narcisse et la nymphe Echo qui, disait-on,
habitait le mont Hélicon, en Béotie.

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Le béotien

Qu'est ce qu'un Béotien au juste et pourquoi l'auteur de ce blog a-t-il choisi ce pseudo ?
Le béotien c'est d'abord l'habitant de la Béotie, une région centrale de la Grèce, dont Thèbes était la ville la plus importante dans l'Antiquité.
Contrairement à ce qu'on peut parfois lire ou entendre, les Béotiens n'ont pas pu être considérés par les Athéniens comme des Barbares, puisqu'ils étaient liés à eux (du moins sur le plan militaire et économique) et faisaient partie de la grande Grèce. 
Néanmoins, les Athéniens voyaient les habitants de Béotie comme un peuple inculte et peu raffiné. Homère déjà, dans l'Illiade, parle du boiôtos comme d'un lourdaud doublé d'un glouton (Iliade, 17,597). Le Béotien était donc grec, mais pas très "attique". Etrange pour une région habitée par les Muses (sur le mont Hélicon)... incompréhensible pour un bout de terre qui a vu naître Dionysos et Héraclès, mais aussi Hésiode et Plutarque...
Aujourd'hui encore, le terme Béotien désigne une personne peu cultivée et par extenstion, une personne profane dans un domaine de la connaissance.

A béotien, béotien et demi
C'est ce dernier emploi que j'ai utilisé dans l'entête de Voxmanueli, un peu par ironie, un peu aussi pour me donner le droit à l'erreur et m'autoriser une marge de progression. Celui qui s'annonce d'emblée comme inculte ne peut être accusé de pédanterie. Son seul espoir est de devenir un peu moins inculte sur le sujet qu'il a choisi d'étudier. Mais alors, il n'est déjà plus aussi béotien qu'il le prétendait, puisqu'il cherche à l'être moins...

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